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Jeux d'ombres (Photographie)

Copyright / Photographie de Nicolas (Cayeux sur Mer) /

 

Quelques écrits de...

de Kelig NICOLAS



Avant d'automne


Au fil de...
l'araignée ? tel spiderman. Arpenter les murs de la cité, aller au boulot sans prendre le métro, c'est plus un souhait, s'imaginer en super héros ! Trop vu de films, bu à la gorge des dessins animés... C'est la rentrée même quand on est grand, quand môme.

Ariane ? Perdu à mille lieues de l'ombilic des limbes, mille yeux, mille dieux ! chercher le bout du tunnel, avec le bout du nez en appel, avec le museau de l'abeille, rester à l'air avec un peu de vitamine sous l'aile, de prise d'été aux foins coupés, et puis perdre sa tête parmi ses frisotis à la belle. Encore un désir, on dirait du désir d'étoile.

La vie ? Pas comme commode, faut du mouvement sans angle ni saccade, toujours on tourne, pas prêter l'image au miroir, la travailler au corps et puis l'éclater de soleil, la vie telle une femme à aimer ! choyer, bichonner, la pulpeuse orchidée violette.

L 'eau ? Tiède Température idéale. Mais attention ! à ne pas s'endormir en dodo mage. A savoir ménage la monture, à l'eau économiser à la quintescence du sel. Eau douce des somnambules, sans trop de liqueur sinon l'écoeure serait grise.

Du temps ? en passe. D'être dedans sans être engloutis, sans être emportés, en étant présent, sans trop y penser passer avec le temps. Ni se foutre en avance ni trop en retard, dans un cul de sac, se garder niché sur le cerisier, sans rejoindre trop vite le futur temps du futur flûte pan. Choisir celui qui tend les bras, ses bras de mains de doigts d'amitié à serrer, et sa bouche rouge d'amour à embrasser, celle qui a envie de chanter dans la mienne... si je prends le temps d'écouter fredonner sa petite musique carillonnante à l'ouverture de la porte. Allez, viens, allons encore jouer aux secondes la minute des derniers papillons,

derniers vers à l'été

au fil de l'écriture indienne.




Filé mon

Serré par la clope pointilleuse à l'heure d'enfumer au café
A la pause bigorneau du service public, avec les mots évadés de l'uniforme en Afrique
Philémon se ballade dans son puits de conscience
Il imagine "Arthur Rimbaud" le poète éclatant
Sous les néons blafards verdâtres et rosâtres de la pièce à clopeurs
Il voit dans la lettre A son propre rêve de n'être qu'une chimère
Et cela le fait sourire naivement
Sa clope est une brindille de foin coupé, négligemment pliée en r, et il la tintinnabule avec son café comme quand il tremperait la krampouzenn dans le thé de sa grand mère, marraine, à la campagne à Kerguelven.
Pause hachée sans haschisch, tabac chiche, ni pois chiche
Dur dur, barde bulle Philémon dans sa barbe, à travers l'air en couleurs qu'il imagine chatoyeuses afin se faire un nid en même de Balbutie.
Ah c'est l'heure. Dernière taf de rébus bd. Au taf, pfff.




Au petit bois du plaisir


Un matin, douze doigts d'eau de pluie goûtent à l'étang blanc, en jouant du clavecin. Une page de lune est tournée ; la lune va sans effet se camoufler, elle a sommeil. Le jour commence à poindre le bout de son nez. Il a du flair.

La rosée tremble au calice des fleurs, elle sent quelque part un inconnu rôder. Elle voudrait dire quelque chose, au moins. Au lieu de quoi elle dégouline.

Ce matin-là, les rayons du soleil se mettent doucement à chatouiller l'herbe folle. Elle rigole. Et ils jouent aux ricochets sur des pommes rouges tombées ventre à terre. Au même moment le blé jaune a une mine superbe, revigorée. Les rongeurs sur deux pattes dans leur coin s'émoustillent les narines. Paresseux, encore barbouillés. L'aube se balance un instant sur un fil indicible au petit matin. Tranquille, elle fait son va et vient, elle joue à cache-cache entre deux petits monticules. Finalement, elle montre son derrière. Il fait presque jour.

L'aurore est légère, naïve et fragile. Un simple oiseau la fait frémir, en battant trois coups d'ailes sans clairons, futiles. Et puis un chevreuil la sautille, un écureuil la cavale, une tortue la crapahute, un crapaud la bondit, un escargot las se traîne, une fourmi là se dandine. Et tout le petit bois s'anime et bascule.

Au beau jour qui s'amène, Cendrillon la souillon se lève et s'en va et vient sans flanelle ni dentelle. Elle chansonne d'une voix coquine à travers le bois endormi. Elle lance à la volée quelques baisers de sa rouge bouche à la ronde. Chacun des habitants du petit bois croit que c'est pour lui et frétille.

Secrète, elle touche une autre bête indiscrète.

Le prince la guette. Il suit sa quête. Baiser sa bien aimée sans animosité.

Cendrillon la souillon rie. Et plus elle pense à lui, plus elle rosie de plaisir.

Le prince sort soudain du sous-bois.

Il cueille un fruit rouge, une belle pomme écarlate, juteuse. Il tient aussi un petit soulier de vair dans sa main gauche. Il s'avance gentil homme.

Il va à au pied de la belle. Les grands yeux de la donzelle s'écarquillent. Elle ne peut pas empêcher sa poitrine d'être haletante. Le prince se baisse et pose le genou parmi les pâquerettes.

Il prend son pied à elle, riante. Et il la chausse alors comme un sauvage, gentiment.




Le vélociel


Tu pédales, tu pédales. Et dans la côte, tu rames. Tu penses que tu serais mieux sur un tire-fesse, ou un téléphérique. Mais pas là... Tu te sens las, t’en baves autant qu'un escargot. Ca grimpe sec et pourtant l'eau dégouline comme une cascade de ton front. Tu pédales. Encore un petit effort, là, voilà, le plat. Mais il sonne faux, ce drôle de consistance, alors le creux de l’estomac te donne la dalle. Allez, encore un petit râle. T’es tout pâle. Un dernier coup de pédale. Allez, un et puis tu gagnes, tu gagnes le droit à une descente infernale en grande pente.

Tu glisses, sans bruit parasite. Ca t’excite, de plus en plus vite. L’air siffle et picote aux mirettes. Les herbes folles et le pavé bleu défilent. Tu t'agites.

Mais soudain, un arbre se plante d’un coup sur la route. Un voile, des milliers d'étoiles. Une constellation d’étoiles brillent au dessus de la bicyclette qui continue de tourner ses roues affolées dans le vide. Et toi, t’es là, étendu, plein de sang rouge, à regarder des roues tourner, à essayer de grimper jusqu’aux étoiles qui filent, qui filent...




Kelig NICOLAS
e-mail : kelicnicolas@yahoo.fr



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